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Quelle place pour la vape dans le sevrage tabagique : la réponse de 4 experts mondialement reconnus




Introduction

Lors du congrès annuel de la Société francophone de tabacologie de 2020, j’avais déjà abordé cette question : « Effet de la vape sur le comportement tabagique et le confort dans l’arrêt du tabac ». En février 2023, quatre experts internationaux de la tabacologie (Kenneth Warner, Neal Benowitz, Ann McNeill et Nancy Rigotti) ont signé un article dans Nature Medicine, qui aborde de manière pragmatique et non polémique l’intérêt de la eCigarette (vape) pour se sevrer du tabac.


En voici le premier paragraphe : « il existe de nombreuses preuves que les eCigarettes peuvent aider certaines personnes à arrêter de fumer, et ainsi elles doivent être recommandées plus largement comme aide à l’arrêt du tabac. »


Ils passent en revue les preuves que la vape augmente l’arrêt du tabac, puis les conséquences sur la santé des eCigarettes, la régulation de leur usage dans différents pays et la place donnée par les autorités de santé aux eCigarettes dans le sevrage tabagique.


Voici la traduction d’une partie de leur publication qui sera une référence sur laquelle s’appuyer de manière objective.


La vape et le sevrage tabagique

La revue Cochrane actualisée en 2022 précise que « Il existe des données probantes d’un niveau de confiance élevé indiquant que les cigarettes électroniques (CE) avec nicotine augmentent les taux d’arrêt tabagique par rapport aux thérapies de substitution nicotinique (TSN) et des données probantes d’un niveau de confiance modéré indiquent qu’ils augmentent les taux d’arrêt du tabac par rapport aux CE sans nicotine. »


Des études populationnelles (1) confortent ces résultats : on observe une augmentation de 10 à 15% du sevrage tabagique aux Etats-Unis et en Angleterre, et les fumeurs sont plus nombreux à arrêter de fumer en passant par la vape.


Il existe une relation inverse entre les ventes de tabac d’une part, et celles de eCigarettes d’autre part, et on a pu constater que la baisse des ventes de tabac a été accélérée avec la mise sur le marché des eCigarettes, et quand les ventes de eCigarettes ont diminué, on a retrouvé la tendance antérieure avant la mise sur le marché des eCigarettes.


Les politiques de santé publique restreignant l’usage de la vape (2) ont entraîné non intentionnellement une reprise du tabagisme (augmentation de la consommation de tabac). Une taxe sur la vape dans le Minnesota (3) a entraîné une augmentation du tabagisme et une diminution de l’arrêt du tabac. Chez les jeunes, cette taxe a entraîné une augmentation de la consommation de tabac fumé (usage occasionnel en particulier) et une diminution du vapotage (4).


La vape bien moins nocive que le tabac fumé

Bien que le vapotage ne soit pas totalement sans risque pour la santé, l’Académie nationale des Sciences et de Médecine aux USA (5) tout comme le Ministère de la Santé et des soins médicaux en Angleterre () ont conclu que vapoter était bien moins nocif que de fumer (6).


La comparaison entre la fumée de tabac et l’aérosol de la vape permettent de l’expliquer. La fumée de tabac contient plus de 7 000 substances chimiques dont 70 sont cancérigènes rappellent les auteurs de cette publication. Le nombre de substances contenues dans l’aérosol de la eCigarette est bien moins élevé, avec des substances communes au tabac et à la vape, mais à des concentrations bien plus basses. L’étude des biomarqueurs humains confirme que l’exposition aux toxiques est bien plus basse avec la vape qu’avec le tabac fumé (cigarettes). Même si la nicotine substance addictive est présente dans la vape et le tabac fumé, ce sont toutes les autres substances chimiques de la fumée de tabac qui sont responsables des risques pour la santé (5, 6).


Les 2 effets indésirables de la vape les mieux décrits sont la dépendance à la nicotine chez les jeunes n’ayant jamais fumé de tabac d’une part, et un risque de troubles pulmonaires. En 2022, 6,5% des lycéens américains déclaraient vapoter 20 jours ou plus par mois ; mais la plupart étaient des fumeurs ou ex-fumeurs de tabac, déjà dépendant de la nicotine (7).


Les études d’exposition cellulaires et animales, c’est-à-dire « in vitro » et « in vivo », aux eLiquides ou aux vapeurs d’aérosol démontrent certains effets pulmonaires, mais il est difficile d’extrapoler ces effets aux expositions humaines (8). Chez les jeunes, les symptômes pulmonaires associés au vapotage comprennent des signes de bronchite et une aggravation de l’asthme. Cependant, chez les adultes asthmatiques ou atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), le passage du tabac fumé à la vape réduit les symptômes cliniques et améliore la fonction pulmonaire, ce qui constitue une réduction de risque (9).


Sur le plan cardiovasculaire, il y a l’exposition à la nicotine et des preuves d’inflammation chronique et de stress oxydatif trouvées dans quelques études de biomarqueurs humains. La nicotine n’est pas à l’origine de maladies cardiaques athérosclérotiques ou d’accident vasculaire cérébral (AVC), mais pourrait favoriser l’ischémie et des évènements cardiovasculaires aigus chez les personnes ayant une maladie cardiovasculaire préexistante (10). Quelques études expérimentales chez l’homme rapportent que l’utilisation aigue de la eCigarette altère la fonction endothéliale (ce qui caractérise les maladies cardiovasculaires) comme le tabac fumé. Cependant, quand les fumeurs arrêtent de fumer en passant à la vape, leur fonction endothéliale s’améliore, une preuve de la réduction de risque (11).


La toxicité pour la reproduction est une préoccupation pour tous les dispositifs de délivrance de nicotine. La nicotine altère la maturation du cerveau et des poumons du fœtus animal. Le tabagisme est associé à un petit poids de naissance chez le nouveau-né et un plus grand risque d’accouchement prématuré. L’usage de la eCigarette pendant la grossesse a été étudié à la fois chez les femmes qui avaient choisi de vapoter (plutôt que de fumer) et chez les femmes qui avaient recours à la vape comme aide à l’arrêt du tabac. Les résultats concernant le poids de naissance sont contradictoires selon les études (12, 13), mais, quoi qu’il en soit, le vapotage exclusif pendant la grossesse est moins nocif que fumet du tabac. Bien-sûr, l’abstinence de toute forme de nicotine et de produits du tabac est préférable.

En raison de la nouveauté relative du vapotage, les risques à long terme pour la santé ne peuvent pas être évalués directement. Cependant, il existe des preuves suggérant que les éventuels risques et dommages à long terme sont considérablement bien moins importants que ceux associés au tabagisme.


Nous invitons nos lectrices et lecteurs à poursuivre la lecture de cette publication, avec les régulations contrastées selon les pays, ainsi que les conseils cliniques qui sont proposés quant au recours à la vape dans le sevrage tabagique.


Les auteurs terminent par : « la eCigarette n’est pas la solution miracle qui mettra fin aux ravages causés par le tabagisme, mais elle peut contribuer à noble objectif de santé publique » et « l’acceptation de la promotion de la eCigarette comme outil de sevrage tabagique dépendra probablement de la poursuite des efforts visant à réduire l’accès à ces produits et leur utilisation par les jeunes qui n’ont jamais fumé. » Ces deux objectifs peuvent et doivent coexister, comme le précise Kenneth Warner dans une publication récente (14).

Dr Philippe Arvers (1,2,3)

1 – Observatoire Territorial des Conduites à Risques de l’Adolescent (MSH-UGA) 2 – 7ème Centre Médical des Armées (76ème Antenne médicale de Varces) 3 – Institut Rhône Alpes Auvergne de Tabacologie (Lyon)

Références bibliographiques

1 Balfour DJK, Benowitz NL, Colby SM, Hatsukami DK et al. Balancing Consideration of the Risks and Benefits of E-Cigarettes. Am J Public Health. 2021 Sep;111(9):1661-1672.

2 Cotti C, Courtemanche C, Maclean JC, Nesson E et al. The effects of e-cigarette taxes on e-cigarette prices and tobacco product sales: Evidence from retail panel data. J Health Econ. 2022 Dec;86:102676.

3 Saffer H, Dench D, Grossman M, Dave D. E-Cigarettes and Adult Smoking: Evidence from Minnesota. J Risk Uncertain. 2020 Jun;60(3):207-228.

4 Abouk, R., Courtemanche, C., Dave, D., Feng et al. (2023). Intended and unintended effects of e-cigarette taxes on youth tobacco use. Journal of Health Economics, 87, 102720.

5 National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine; Health and Medicine Division; Board on Population Health and Public Health Practice; Committee on the Review of the Health Effects of Electronic Nicotine Delivery Systems. Public Health Consequences of E-Cigarettes. Eaton DL, Kwan LY, Stratton K, editors. Washington (DC): National Academies Press (US); 2018.

6 McNeill A et al. Nicotine vaping in England: an evidence update including health risks and perceptions. A Benowitz, N. L. & Fraiman, J. B. Nat. Rev. Cardiol. 14, 447–456 (2017). (2022).

7 Cooper M et al. MMWR Morb. Mortal. Wkly Rep. 71, 1283–1285 (2022).

8 Tarran R, Barr RG, Benowitz NL, Bhatnagar A et al. E-Cigarettes and Cardiopulmonary Health. Function (Oxf). 2021 Feb 8;2(2):zqab004.

9 Polosa R, Morjaria JB, Prosperini U et al. COPD smokers who switched to e-cigarettes: health outcomes at 5-year follow up. Therapeutic Advances in Chronic Disease. 2020;11.

10 Benowitz NL et Fraiman JB. Nat. Rev. Cardiol. 14, 447–456 (2017).

11 George J et al. J. Am. Coll. Cardiol. 74, 3112–3120 (2019).

12 Regan AK et Pereira G. Sci. Rep. 11, 13508 (2021).

13 Hajek P et al. Nat. Med. 28, 958–964 (2022).

14 Warner KE et al. Health Af. 41, 1299–1306 (2022).


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