Article de MedScape sur les données de Janover (Dry January)
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Dry January : des effets positifs et pérennes sur la santé
Anne Gaëlle Moulun
09 janvier 2026
Lien vers l'article: https://francais.medscape.com/viewarticle/dry-january-des-effets-positifs-et-p%C3%A9rennes-2026a10000jv?form=fpf
L’étude JANOVER, menée en 2024 par des chercheurs français, et coordonnée par l’équipe du Service universitaire d’addictologie (SUAL) Vinatier à Lyon, montre que les bénéfices du Dry January, défi collectif qui vise à faire une pause pendant un mois dans sa consommation d’alcool, perdurent dans les mois qui suivent. Le Pr Benjamin Rolland, responsable du SUAL, la détaille pour Medscape France.
Un concept qui séduit de plus en plus
Le Dry January, ou « Défi de Janvier », consiste à faire une pause avec l’alcool pendant un mois. Importé en 2020 du Royaume-Uni, où il existait depuis 2013, ce concept séduit de plus en plus de personnes en France au mois de janvier. Une étude menée par des chercheurs français évalue pour la première fois de manière approfondie ses effets et montre que ses bénéfices perdurent dans le temps. « Nous avons mené une double étude, pendant l’édition 2024 », explique le Pr Benjamin Rolland, psychiatre et addictologue, PU-PH à l'Université de Lyon et aux HCL et au CH Le Vinatier à Lyon. « Une première enquête en population générale a porté sur une cohorte de 5 000 personnes, qui constituaient un échantillon représentatif de la population française et que nous avons questionnées sur leur consommation d’alcool, leur connaissance du Dry January et s’ils envisageaient ou non d’y participer [1]. Nous avons pu ainsi extrapoler le nombre de participants à ce défi en France à environ 5 millions au total », développe-t-il.
Même sans non-consommation totale, une simple réduction de la consommation d’alcool suffit à produire ces effets positifs.
Amélioration du sommeil et de la qualité de vie
Une seconde étude a porté sur 2123 personnes inscrites sur le site dédié au Dry January en 2024 également. « Nous avons mesuré différents indicateurs au début du défi puis à 1 mois, 3 mois et 9 mois après, comme le niveau de consommation d’alcool, le sommeil, la qualité de vie, en plus d’indicateurs socio-démographiques », détaille le Pr Rolland. « Une première partie de nos résultats, publiée dans Preventive Medicine[2], confirme ce qui a déjà été constaté lors d’études menées dans d’autres pays : les participants au Dry January diminuent leur consommation d’alcool et signalent une amélioration de leur sommeil et de leur qualité de vie ».
Plus précisément, plus d’un participant sur deux (57%) réussit le défi et déclare n’avoir consommé aucun alcool pendant tout le mois. Les effets positifs apparaissent en quelques semaines seulement. Le bénéfice le plus marqué concerne le sommeil : la proportion de participants déclarant une très bonne qualité de sommeil a presque triplé, passant de 9 à 24 %. La santé mentale progresse également, de même que le bien-être physique, chez 54 % des participants. Autre enseignement notable : même sans non-consommation totale, une simple réduction de la consommation d’alcool suffit à produire ces effets positifs.
Réduction maintenue dans le temps
Une autre analyse des données de cette étude, en cours de soumission, a évalué les effets à 3 mois et 9 mois après le défi, sur une cohorte finale de 1886 personnes. À 3 mois, une réduction significative du score global AUDIT-C (Alcohol Use Disorder Identification Test-Consumption) est constatée chez 63,5 % des personnes, et la fréquence des jours de forte consommation (plus de 6 verres par jour) s’est réduite significativement chez 42,9 % des participants. La fréquence de consommation diminue significativement à 3 mois chez 43,3 % des participants et la quantité globale d’alcool chez 29,3 % d’entre eux. Au bout de 9 mois, la réduction de consommation s’est maintenue chez 58,4 % des participants, la fréquence chez 36,5 % d’entre eux et la quantité chez 27,9 %. Enfin, on note une réduction maintenue de la fréquence des jours de forte consommation chez 38 % des participants.
Se fixer l’objectif de ne pas boire
« Nous avons aussi modélisé les facteurs associés à un impact sur la fréquence de consommation. Avoir une forte consommation d’alcool de base et identifier sa consommation comme excessive sont des facteurs positifs de réduction de cette fréquence, de même que le fait de se fixer un objectif de ne pas boire du tout pendant un mois. D’autres facteurs sont associés à une réduction globale des consommations, comme s’enregistrer sur la plateforme de la campagne, avoir déjà participé, ou encore participer avec un partenaire, qui a une influence positive à 3 mois, mais pas à 9 mois. En revanche, le fait de fumer diminue l’impact sur la fréquence de consommation à 3 mois et à 9 mois, ce qui a déjà été constaté dans des études internationales », souligne l’addictologue.
Bénéfice du défi confirmé
Parmi les limites de l’étude, il souligne l’attrition importante au cours de l’étude. « Beaucoup de personnes n’ont pas répondu à 9 mois, donc on ne sait pas ce qu’est devenue leur consommation d’alcool, mais c’est inévitable dans ce type d’étude », estime-t-il. Par ailleurs, elle repose sur du déclaratif, ce qui peut entraîner des biais. Enfin, « il y a un peu plus de femmes que d’hommes, mais nous corrigeons ce paramètre lors des analyses », indique-t-il.
Selon lui, cette étude confirme les bénéfices de ce défi, actuellement organisé et financé par une fédération d’associations (Addict’AIDE, Addictions France, Camerup, Fédération Addiction, Fédération française d’Addictologie, France Assos Santé, France Patients Experts Addictions, Ligue contre le cancer, RESPADD, Société française d’alcoologie et d’addictologie). Il regrette cependant que le Dry January ne soit pas soutenu par l’État, contrairement aux autres pays où cette campagne existe. « Les Français sont de plus en plus nombreux à participer au Dry January et c’est très bien, mais il y a eu depuis 2020 des arbitrages inattendus de l’exécutif qui ont privé cette campagne de santé publique portant sur l’alcool d’un soutien des pouvoirs publics, ce qui est unique parmi les pays participants », pointe-t-il.
Le Pr Benjamin Rolland ne déclare aucun lien d’intérêt en rapport avec le sujet de l'article.
Références
Rolland, B., de Ternay, J., Haesebaert, J., Delile, J. M., Savy, M., Tubiana-Rey, B., Naassila, M., Lespine, L. F., & JANOVER Study Group (2025). Rates and determinants of alcohol-drinking categories in France: a general population survey. European journal of public health, 35(6), 1255–1257. https://doi.org/10.1093/eurpub/ckaf147
Lespine, L. F., François, D., Haesebaert, J., Delile, J. M., Savy, M., Naassila, M., de Ternay, J., & Rolland, B. (2026). Determinants of successful completion and short-term benefits associated with temporary alcohol abstinence during Dry January in France: A prospective cohort study. Preventive medicine, 202, 108428. https://doi.org/10.1016/j.ypmed.2025.108428
Lespine, L. F., François, D., Haesebaert, J., Delile, J. M., Savy, M., Tubiana-Rey, B., Naassila, M., de Ternay, J., & Rolland, B. (2024). Prevalence and characteristics of participants in Dry January 2024: findings from a general population survey in France. Frontiers in public health, 12, 1466739. https://doi.org/10.3389/fpubh.2024.1466739



